Conseil d'album : "L'arbre sans fin" de Claude Ponti (le deuil, la mémoire, l'imaginaire)

Publié le par Edwige Chirouter

Article publié dans Siné Hebdo

Les enfants sont beaucoup moins bêtes qu’on ne le croit ! Ils se posent très tôt des questions métaphysiques déroutantes. Or, la littérature de jeunesse contemporaine est désormais d’une grande richesse et permet d’aborder avec subtilité ces grandes interrogations universelles. La rubrique propose de faire découvrir des auteurs et des œuvres qui ne prennent pas les enfants pour des imbéciles et leur permettent de réfléchir sur ces questions qu’ils se posent.

 

Claude Ponti et l’arbre sans fin de l’imaginaire et de  la mémoire.

Parmi les auteurs qui ne « volent pas les enfants » et qui parient sur leur intelligence et leur sensibilité, il y a  Monsieur  Claude Ponti.  Son univers, à la fois drôle et onirique, touche les lecteurs de 3 ans à « jusqu’à ce mort s’en suive ». Car cette littérature « de jeunesse » n’est pas pour les enfants, elle est aussi pour les enfants et s’adresse à tous.  La littérature, parce qu’elle ouvre à la fois sur le singulier et l’universel, nous permet de donner sens à notre existence et à la réalité. Les enfants sont non seulement capables d’une telle rencontre littéraire, affective et intellectuelle, mais ils en ont besoin pour grandir harmonieusement. C’est justement ce  qu’exprime l’album L’arbre sans fin qui aborde, sans niaiserie ou moralisme, les questions délicates de la mort, de la mémoire et de la fonction de l’imaginaire. La jeune Hipollène pert sa grand-mère adorée et entame, pour faire son deuil, un long voyage initiatique à travers « l’arbre sans fin ». De retour chez elle, après avoir traversée de multiples épreuves, elle retrouve Ortic, le monstre “ dévoreur d’enfants perdus ”,  qui la terrifiait au début de l’histoire. Il bondit sur elle une dernière fois en hurlant : “ Je n’ai pas peur de toi ! ”, mais elle peut désormais lui répondre : “ Moi non plus, je n’ai pas peur de moi ! ”. Sa réplique terrasse instantanément le monstre qui se ratatine en “ vieille salade moisie ” ! Hipollène a grandi et ne se laisse plus accaparer par ses pulsions dévorantes. Son voyage dans l’arbre de l’imaginaire et de la mémoire lui aura permis la plus belle des conquêtes : devenir soi-même. Incarnation symbolique de toutes ses angoisses, le monstre disparaît quand elle parvient à la sérénité et à la sagesse (au sens philosophique du mot car c’est parfois – souvent (? ) – dans la désobéissance que se trouve la vraie sagesse…)

(Claude Ponti. L’arbre sans fin. L’école des Loisirs. 1992)

 

 

 

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